(2008-04-28)
Ce mois-ci à Euskal Herria, Analyse de Gauche Indédependantiste Basque
Après un mois de déferlement électoral, la gauche indépendantiste basque (ou gauche abertzale) souhaite reporter à l'opinion internationale sa lecture de la situation au Pays Basque en analysant brièvement les résultats des élections.
Non seulement la gauche indépendantiste résiste aux vagues de répression mais elle améliore également ses résultats compte tenu de la réponse positive qu'elle a reçu suite à l'abstention active.
Le PSOE reste gagnant, surtout dans les communautés les plus enclines à une solution négociée, mais aussi dans des secteurs qui craignent la droite espagnole.
Son manque d'une prise de position claire et sa position de suiveur du Gouvernement espagnol dans le processus affaiblit le PNV.
Les résultats reflètent clairement la volonté de la société basque d'un réel changement politique. Un changement politique qui puisse résoudre définitivement le conflit dans ce pays. Face à cela, la gauche indépendantiste basque constate à nouveau qu'il n'existe aucune autre alternative au processus démocratique. La répression ne servira qu'à faire perdurer le conflit et prolonger la souffrance. C'est pourquoi la gauche indépendantiste basque poursuit son engagement pour une solution démocratique.
Dans ce document, nous tenterons brièvement d'expliquer les raisons que nous venons d'avancer.
Non seulement la gauche indépendantiste basque résiste aux vagues de répression mais elle améliore également ses résultats compte tenu de la réponse positive qu'elle a reçue suite à son appel à l'abstention active.
Une lecture de l'abstention nous démontre que non seulement la gauche indépendantiste basque a maintenu ses résultats obtenus lors des derniers comités de soutien de mai 2007 sinon qu'elle les a améliorés. On peut analyser ce résultat en tenant compte de l'accroissement du pourcentage d'abstention dans les territoires basques et en l'appliquant au total du recensement. Alors que dans l'État se répétait le taux de participation de 2004, à Euskal Herria le taux d'abstention a augmenté d'environ 10 %.
Au Pays Basque, on compte 206 000 personnes à ne pas s'être rendues aux urnes cette année. Cependant, il faut soustraire à ce chiffre général l'accroissement correspondant du volume du recensement durant ces quatre dernières années.
D'après les données officielles du Ministère de l'Intérieur, 733 598 personnes se sont abstenues à Euskal Herria. Il y a quatre ans, sans prendre en compte les résidents étrangers, le nombre d'abstentionnistes était de 526 790 personnes. Si l'on se base sur les mêmes paramètres, cela signifie que le 9 mai se sont abstenues au Pays Basque 206 808 personnes de plus que le 14 mai.
Les raisons pour lesquelles se sont abstenus ces 206 808 personnes et ces 733 598 abstentionnistes sont insondables et chacun avait les siennes. Cependant, si l'on compare avec d'autres élections et d'après la façon dont s'est déroulée la dernière phase de la campagne, on observe clairement que parmi les 206 808 personnes qui sont allées voter en 2004 et qui se sont abstenues dernièrement, il n'y avait pas beaucoup de partisans du PSOE ou du PP, puisque ces deux électorats étaient en pleine activité électorale et les résultats ne permettent pas d'observer une fuite vers l'abstention. C'est pourquoi ce sont des abstentionnistes, provenant du vote abertzale, qui, à cette occasion, ont décidé de ne pas aller voter.
Une impressionnante démonstration de force de la gauche indépendantiste dans les conditions les plus difficiles de ces 30 dernières années. Depuis que ce secteur a fait un appel à l'abstention active, tous les autres partis politiques se sont efforcés de la combattre. De plus, le succès de la gauche abertzale va au-delà de la différence entre les pourcentages d'abstention de 2004 et de 2008, car il est clair que des milliers de potentiels abstentionnistes « techniques » sont allés voter pour éviter que leur attitude ne se confonde avec l'appel de la gauche abertzale, surtout après l'attentat d'Arrasate. Le fait que nombreuses soient les communes dont l'abstention dépasse les 50 % indique clairement la réponse positive obtenue par la gauche indépendantiste.
Ainsi, la répression n'érode en rien le soutien social dont bénéficie la gauche abertzale. Ni l'action judiciaire et policière, ni le boycott des médias, ni la criminalisation de leurs propositions ne parviennent à affaiblir les fondements de la gauche abertzale. La Loi sur les partis politiques a finalement échoué, la gauche abertzale est un parti de premier ordre malgré les emprisonnements, et la politique du PNV n'est pas parvenue à éroder son espace socio-électoral. .Après cinq années d'application de la Loi sur les partis politiques (élections locales de 2003), toutes les tentatives de l'état pour détruire les fondements et l'électorat du mouvement indépendantiste ont échoué. Environ deux cent mille électeurs constituent ainsi le pilier actif et inébranlable de la gauche abertzale.
Le PSOE reste gagnant, surtout dans les communautés les plus enclines à une solution négociée, mais aussi dans des secteurs qui craignent la droite espagnole.
Le PSOE a obtenu 11 064 524 voix dans l'État espagnol, c'est-à-dire 43,64 %, soit presque quarante mille voix supplémentaires par rapport à l'année 2004, où il avait obtenu 11 026 163 voix. Il a ainsi maintenu les résultats de 2004, des résultats influencés par l'attentat-suicide du 11 mars. Et bien que le PP ait obtenu presque quatre cent mille voix (10 169 973 voix contre 9 763 144 en 2004), il a maintenu une différence en pourcentage de trois points et demi. En d'autres termes, la campagne radicale de quatre années, destinée à éroder le Gouvernement socialiste, n'a pas obtenu les résultats escomptés par le PP, même si l'on peut constater des conséquences néfastes d'une transition progressive du franquisme avec une opposition actuelle ultraconservatrice, ultranationaliste et réactionnaire, un parti socialiste que développe le sale travail du capitalisme et une gauche inexistante en tant que représentatrice du changement.
Cependant, c'est à Euskal Herria que le parti de Zapatero a obtenu ses meilleurs résultats. Le PSOE n'a pas fait que cumuler 540 000 voix à Euskal Herria, il a également obtenu un pourcentage de voix dans la CAV (Communauté autonome basque) dépassant tout de même de huit points son meilleur résultat jamais obtenu jusqu'à maintenant lors des élections, son meilleur résultat qui n'était autre que le fameux 29,2 % de 1982, lorsque Felipe González faisait irruption sur la scène politique. Quant à la Navarre, le nombre de voix obtenu par Zapatero est également le plus élevé de l'histoire : 115 837 voix, soit supérieur aux années 2004 et 1982.
Cependant, l'accroissement du nombre de voix en faveur du PSOE de mars 2008 à Euskal Herria n'a rien à voir avec ceux que le parti avait obtenus à d'autres moments de son histoire. C'est, en grande partie, un vote contre les autres partis. Contre le PP et sa politique nationaliste espagnole. Les moyens utilisés par le PP ont diabolisé le PSOE, en théorie, pour avoir proposé des changements sur le modèle de l'état et pour avoir voulu instaurer un processus de paix, et, même si nous considérons que cela n'a pas été très honnête et que ce Gouvernement est responsable à lui seul de cet échec, il a tout de même bénéficié d'un certain soutien. Cependant, pour beaucoup, le choix résidait entre le PSOE qui, au moins, a essayé de prendre position, et le PP qui montre la voie exclusive de la répression. Grâce à ces triomphes, le PSOE a gagné sur l'ensemble de l'État. Voilà pourquoi le Gouvernement bénéficie du soutien d'une partie de la société espagnole qui désire résoudre le conflit qui l'oppose au Peuple basque. Ces derniers, qui désirent davantage de répression, ont voté pour le PP, pour la droite franquiste. Ce sont les secteurs progressistes qui ont, à nouveau, (comme en 2004) permis la victoire au PSOE, influencés par la crainte de la droite espagnole. Des secteurs traditionnels de gauche ou des abstentionnistes qui se sont mobilisés face à la droite réactionnaire et ultramontaine du PP.
Son manque d'une prise de position claire et sa position de suiveur du Gouvernement espagnol dans le processus, affaiblit le PNV.
Le PNV a perdu lors des dernières élections 120 000 voix par rapport aux élections de 2007. Il compte maintenant environ 300 000 voix. L'un des pires résultats de son histoire. Il est certain que si l'on considère la position que ce parti a maintenu durant le processus de paix, cet échec s'explique par son manque de positionnement clair en faveur du souverainisme et son intervention plus que limitée dans le processus. Les citoyens basques ont reconnu en BATASUNA et dans le PSOE des acteurs politiques qui, au moins, ont essayé de prendre position. Le manque de position claire, et les nombreuses prises de position de suiveur du PNV quant au PSOE, ont contribué à lui rendre la monnaie de sa pièce .
Mais il ne faut non plus oublier que c'est lorsque le PNV a été perçu par la société comme un parti clairement souverainiste (élections autonomes sur la proposition Ibarretxe) que le PNV a obtenu les meilleurs résultats de son histoire.
Les prises de positions ambiguës du PNV, la position clairement pro-gouvernement espagnol de son ancien président, José Jon Imaz, et l'actuel, M. Urkullu, ainsi que la disparition du Président Ibarretxe de la scène politique durant ces dernièrs mois, ont contribué à rendre au PNV la monnaie de sa pièce, ce dernier traversant une grave crise, conscient que le modèle du cadre politique actuel ne donne plus aucun signe. Sa survie dans l'ambiguïté politique arrive à sa fin et il devra dorénavant prendre position en faveur des souverainistes pour la résolution du conflit, ou des centralistes, perpétuant le conflit et, de ce fait, ses importantes conséquences.
Il n'existe pas de réelle alternative au processus démocratique. La répression ne servira qu'à faire perdurer le conflit et prolonger la souffrance.
Bien que le Gouvernement espagnol, même durant le processus de négociation, a cessé, un moment, d'avoir recours à des mesures répressives (souvenons-nous qu'Arnaldo Otegui a été emprisonné quelques jours seulement avant l'appel au cessez-le-feu de la part de l'ETA), il est évident que la déclaration de fin du cessez-le-feu a été à l'origine d'une escalade de mesures répressives sans précédents, Euskal Herria ayant actuellement le plus grand nombre de prisonniers politiques depuis les années soixante. Le Gouvernement espagnol a mis en marche toute la machinerie dont elle puisse disposer pour faire disparaître de la vie publique basque l'ensemble de la gauche abertzale, et ce, quelque soit sa représentation. De plus, il a mis en place une opération de pénalité consistant à endurcir les conditions de vie en prison, accentuer la diffusion et cristalliser la réclusion à perpétuité à travers la doctrine Parot par laquelle des dizaines de prisonniers politiques verront la durée de leur peine effective jusqu'à trente ou quarante années. Et tout cela dans un seul et unique objectif : que la gauche abertzale abandonne, renonce à ses programmes politiques.
Les appels au consensus antiterroriste, à l'arrêt des négociations et à la voie répressive débouchent sur un échec. Il est évident qu'ils seront à l'origine de plus de douleur et de souffrance. Nous avons déjà signalé que nous n'étions pas d'accord avec l'analyse de M. Zapatero sur un processus " long, dur et difficile ", nous n'étions pas d'accord et nous ne sommes pas d'accord sur ce point par principe, étant donné que nous ne souhaitons pas prolonger la souffrance des parties.
La solution démocratique existe
La gauche indépendantiste basque a non seulement mis sur la table durant ces dernières années la proposition de méthodologie du modèle de processus que l'on devait promouvoir à Euskal Herria, un modèle recueilli dans la proposition dite d'Anoeta dans laquelle on établissait la nécessité de promouvoir deux voies de dialogue, l'une entre l'ETA et le Gouvernement, l'autre entre l'ensemble des forces politiques du Pays Basque, mais elle a, de la même façon, présenté en 2007 une proposition de cadre démocratique par laquelle, à travers la liberté d'expression accordée aux citoyens basques, on résolvait les noeuds gordiens du conflit basque : la division d'Euskal Herria en deux communautés basques, par rapport à l'État espagnol, et le droit de décider de l'ensemble du pays.
Une proposition démocratique qui, partant des domaines de décision actuels (Communauté autonome basque et Communauté forale de Navarre) proposait la réunification en une seule et même entité de l'ensemble des quatre provinces basques, si cela était le premier souhait des citoyens des deux secteurs de décision, et qui établissait en outre des mécanismes intermédiaires de relation. Une entité à laquelle il faudrait également reconnaître le droit de décider de son futur (sur le modèle de relation qu'elle souhaite maintenir avec l'État espagnol), ayant pour fondement la majorité démocratique et où tous les projets politiques, l'indépendantiste y compris, seraient non seulement défendables mais également concrétisables.
Une proposition non seulement démocratique donc, mais également entièrement réaliste et actuelle dans l'Europe de notre siècle. Une proposition qui cadre absolument au processus de construction mené en Europe. Une proposition qui, plus que troubler le panorama politique, renforce la stabilité interne européenne, mettant ainsi un terme à l'un des conflits les plus anciens de l'Europe occidentale en ayant recours à des mécanismes et des processus démocratiques et participatifs.
La gauche indépendantiste basque maintient sa position pour une solution démocratique, par le dialogue et la négociation comme mécanismes pour dirimer ce conflit. Malgré les tentatives de répression, nous continuons de tendre le rameau d'olivier à la proposition d'un cadre démocratique. Il revient au Gouvernement espagnol de décider de le voie qu'il désire prendre. La voie par laquelle sont passés DeKlerk, Mayor et Blair ou la voie prise par le Gouvernement de Turquie ou de Ceylan.
Euskal Herria, le 9 avril 2008
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